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Sous-traiter à l'étranger : portage salarial et freelances internationaux

Un développeur basé à Lisbonne, un graphiste basé à Tunis, un rédacteur basé au Québec : de plus en plus de solo-entrepreneurs français font appel à des compétences situées hors de France, parfois via une société de portage salarial, parfois en contractant directement avec un freelance étranger trouvé sur une plateforme internationale. Chaque option a ses règles de TVA, ses risques juridiques et son coût réel. Ce guide démêle le portage salarial, la sous-traitance internationale directe, et les précautions contractuelles indispensables avant de signer.

L'essentiel

Sous-traiter à l'étranger recouvre deux réalités très différentes qu'il ne faut pas confondre. La première est le portage salarial, un dispositif purement français encadré par une convention collective de branche, qui permet à un professionnel indépendant de facturer des missions tout en conservant le statut de salarié : il est surtout utile pour sécuriser une relation avec un consultant expert plutôt qu'une véritable solution d'internationalisation, et son coût réel (frais de gestion de la société de portage, cotisations sociales du porté) reste supérieur à celui d'un freelance en direct. La seconde est le recours à un freelance réellement basé hors de France, trouvé sur son réseau ou via une plateforme internationale (Malt, Upwork, Fiverr, Toptal, Comet), qui pose des questions spécifiques : quel statut a ce prestataire dans son pays, comment se facture la TVA sur une prestation intracommunautaire ou hors Union européenne, et surtout comment éviter le risque de requalification en salariat déguisé, un risque qui se complique encore lorsque le prestataire relève potentiellement du droit du travail d'un pays étranger. Sur le plan fiscal, une prestation de service facturée à un client professionnel dans un autre pays de l'Union européenne relève en principe de l'autoliquidation de la TVA par le client, ce qui suppose d'obtenir un numéro de TVA intracommunautaire même en franchise en base ; une prestation facturée à un client hors Union européenne est en général exonérée de TVA française. Sur le plan contractuel, trois clauses sont non négociables avec un prestataire étranger : la cession explicite des droits de propriété intellectuelle (jamais automatique en droit français pour un non-salarié), une clause de confidentialité solide, et une clause de droit applicable et de juridiction compétente clairement rédigée. Ce guide détaille chacun de ces points pour sous-traiter à l'international sans mauvaise surprise.

1. Pourquoi et quand envisager une sous-traitance à l'étranger

Un solo-entrepreneur français qui a besoin d'une compétence ponctuelle ou spécialisée n'est plus limité, aujourd'hui, à son réseau local. Le développement du travail à distance et des plateformes de mise en relation a rendu accessible, en quelques clics, un vivier de compétences réparties dans le monde entier, souvent à des tarifs compétitifs par rapport au marché français, notamment sur des métiers du numérique (développement, design, données) où l'écart de coût de la vie entre pays reste significatif.

Les motivations les plus fréquentes

Trois raisons reviennent le plus souvent chez les solo-entrepreneurs qui font ce choix : un budget serré qui rend un freelance français à plein tarif difficilement accessible sur certaines missions ponctuelles ; une compétence rare ou de niche, plus facile à trouver en élargissant la recherche au-delà des frontières nationales ; et un besoin de disponibilité en horaires décalés, par exemple pour un support technique ou une modération continue, plus simple à couvrir avec des collaborateurs répartis sur plusieurs fuseaux horaires.

Les risques spécifiques à anticiper avant de se lancer

Sous-traiter à l'étranger n'est pas exempt de contraintes propres, distinctes de celles d'une sous-traitance purement nationale : la barrière de la langue et du fuseau horaire qui complique la coordination au quotidien, l'absence de recours juridique simple en cas de litige si le contrat est mal rédigé, la difficulté à vérifier réellement les compétences et le sérieux d'un prestataire situé à des milliers de kilomètres, et des règles de TVA et de propriété intellectuelle qui diffèrent sensiblement d'une relation avec un prestataire français. Aucun de ces risques n'est rédhibitoire, mais chacun mérite d'être anticipé avant de signer, ce que la suite de ce guide détaille point par point.

2. Le portage salarial en France : fonctionnement et coût réel

Le portage salarial est un dispositif encadré par le Code du travail et par la convention collective de branche du portage salarial, qui a fait l'objet d'un arrêté d'extension le rendant applicable à l'ensemble des sociétés de portage françaises. Ce n'est pas, en soi, un outil d'internationalisation : c'est avant tout une façon de sécuriser juridiquement une collaboration avec un consultant indépendant, français ou installé en France, en lui donnant le statut de salarié.

Le mécanisme en trois acteurs

Trois parties interviennent dans une relation de portage salarial : l'entreprise cliente, qui a besoin d'une prestation ; le salarié porté, qui négocie lui-même sa mission et son tarif avec l'entreprise cliente, comme le ferait un freelance classique ; et la société de portage salarial, qui signe un contrat de travail avec le porté, facture la prestation à l'entreprise cliente en son nom, encaisse le paiement, puis reverse au porté un salaire après déduction de ses frais de gestion et des cotisations sociales patronales et salariales. Le porté cotise ainsi normalement à l'assurance chômage, à la retraite et à la prévoyance, tout en gardant son autonomie commerciale sur le choix et la négociation de ses missions.

Le détail du coût réel pour l'entreprise cliente

Composante du coûtCe qu'elle recouvre
Montant facturé par le portéLe tarif de la mission négocié directement entre le porté et l'entreprise cliente, identique dans son principe à un devis de freelance classique
Frais de gestion de la société de portageGénéralement compris entre 5 % et 10 % du chiffre d'affaires facturé, parfois dégressifs selon le volume d'affaires apporté par le porté, en contrepartie de la gestion administrative, comptable et sociale assurée par la société de portage
Cotisations sociales patronales et salarialesCalculées sur le salaire reversé au porté, comme pour tout contrat de travail classique, ce qui explique l'essentiel de l'écart de coût avec un freelance en direct

Au total, pour un même montant facturé au client, le porté perçoit un revenu net sensiblement inférieur à celui d'un freelance en direct facturant le même tarif, du fait des frais de gestion et des cotisations sociales. C'est le prix de la sécurité sociale complète (chômage, retraite, prévoyance) et de la simplicité administrative offertes par le dispositif.

Une rémunération minimale encadrée par la convention collective

La convention collective du portage salarial fixe une rémunération mensuelle minimale que la société de portage doit garantir au salarié porté, exprimée en pourcentage du plafond mensuel de la sécurité sociale et variable selon le statut du porté (junior, senior, ou en forfait en jours). Ce plancher, ainsi que les conditions d'accès au portage (généralement un niveau de qualification équivalent à bac+2 ou plusieurs années d'expérience professionnelle dans le domaine concerné), sont fixés par le texte conventionnel en vigueur : il convient de vérifier leur montant exact et actualisé directement auprès d'une société de portage ou de la branche professionnelle, ces paramètres évoluant périodiquement par avenant.

Des acteurs bien identifiés sur le marché français

Le secteur du portage salarial compte en France plusieurs sociétés bien établies, parmi lesquelles ITG, Cadres en Mission, Portageo, Umalis Group, ABC Portage ou encore Jump, qui se distinguent notamment par leurs grilles de frais de gestion, leurs services d'accompagnement commercial, et leurs éventuelles spécialisations sectorielles (conseil, formation, ingénierie). Comparer plusieurs sociétés de portage sur ces critères, plutôt que sur le seul taux de frais de gestion affiché, permet souvent de faire un choix plus pertinent.

3. Quand le portage salarial est réellement pertinent

Le portage salarial répond à des besoins précis. Il ne remplace ni un freelance en direct pour une mission simple et peu risquée, ni une véritable stratégie de sous-traitance internationale à moindre coût, qu'il ne permet d'ailleurs pas d'atteindre puisque le porté doit être en mesure de facturer légalement depuis la France ou d'y être rattaché administrativement.

Du côté de l'entreprise cliente

Recourir à un salarié porté plutôt qu'à un freelance classique réduit sensiblement le risque de requalification en salariat déguisé, puisque la relation contractuelle passe par une société tierce dont c'est précisément le métier de sécuriser ce type de collaboration. C'est un choix pertinent lorsque la mission implique une forte proximité avec les équipes internes (présence régulière dans les locaux, participation à des réunions internes, intégration temporaire dans l'organigramme), une situation qui, avec un freelance classique non porté, ferait courir un risque de requalification bien réel.

Du côté du professionnel porté

Pour le consultant lui-même, le portage salarial est surtout adapté à des profils qui veulent tester une activité indépendante sans renoncer à la sécurité sociale du salariat (chômage notamment), à des experts en fin de carrière qui souhaitent poursuivre une activité de conseil sans créer une structure juridique propre, ou à des professionnels en reconversion qui ne veulent pas gérer eux-mêmes la comptabilité et la facturation de leur activité. Ce n'est en revanche pas la solution la plus économique pour un professionnel qui a déjà un volume d'affaires stable et suffisant pour absorber les démarches administratives d'un statut indépendant classique.

Ce que le portage salarial ne résout pas

Il est important de ne pas voir dans le portage salarial une solution à la problématique spécifique de la sous-traitance internationale : un professionnel réellement basé à l'étranger et souhaitant rester rattaché à son propre régime social national ne relève pas du dispositif français de portage salarial. Pour sécuriser une collaboration durable avec un collaborateur individuel basé dans un autre pays, sans y créer de filiale, ce sont plutôt des sociétés dites d'« employeur de substitution » ou « Employer of Record » (EOR) à vocation internationale, comme Deel, Remote.com ou Multiplier, qui remplissent une fonction comparable au portage salarial français mais à l'échelle internationale, en employant localement le collaborateur pour le compte de l'entreprise cliente.

4. Travailler avec des freelances basés à l'étranger : quel statut, quelles règles

Contracter directement avec un freelance basé à l'étranger, sans passer par une société de portage ni par un employeur de substitution, est la formule la plus simple et la plus courante en pratique. Elle impose néanmoins de comprendre sous quel statut opère le prestataire, car ce statut détermine directement les règles de facturation et de TVA applicables.

Le prestataire reste responsable de son propre statut

Un principe simple structure toute la relation : c'est au prestataire indépendant, quel que soit son pays de résidence, qu'il incombe d'être en règle avec son propre régime d'immatriculation professionnelle et fiscale local (équivalent local de l'entreprise individuelle, du travailleur indépendant, ou de toute autre forme d'exercice reconnue dans son pays). L'entreprise française cliente n'a pas à vérifier ce statut dans le détail, mais elle a tout intérêt à demander une preuve d'immatriculation professionnelle (numéro d'entreprise local, extrait de registre du commerce local, ou tout document équivalent) avant de signer, ne serait-ce que pour ses propres justificatifs comptables et pour limiter le risque, développé plus loin, de requalification en salariat déguisé.

La facturation : ce que doit contenir une facture d'un prestataire étranger

Une facture émise par un prestataire établi à l'étranger doit, comme toute facture, mentionner l'identité complète des deux parties, la description précise de la prestation, le montant hors taxe et la devise de facturation, ainsi que le régime de TVA applicable (voir la section suivante). Il est recommandé, pour éviter tout risque de change, de fixer contractuellement la devise de facturation et de préciser les modalités de paiement (virement international, plateforme de paiement, délai de règlement), les frais bancaires de virement international pouvant sensiblement réduire le montant net perçu si cette question n'est pas anticipée.

Un prestataire étranger n'est pas soumis au droit du travail français

Une confusion fréquente consiste à croire que la relation avec un freelance étranger obéit aux mêmes règles que celle avec un freelance français. En réalité, si un litige survient sur la nature de la relation (salariat déguisé notamment), c'est potentiellement le droit du travail du pays de résidence du prestataire qui pourrait s'appliquer, avec des règles, des seuils et des sanctions parfois très différents du droit français — une complexité supplémentaire qui plaide, pour des collaborations longues et intégrées, en faveur d'un recours à un employeur de substitution international plutôt qu'à une relation de prestation directe mal encadrée.

5. La TVA sur les prestations internationales : intracommunautaire et hors UE

La TVA applicable à une prestation de service internationale dépend avant tout du lieu d'établissement du client, et non du lieu d'établissement du prestataire. Ce principe, souvent mal compris, gouverne l'ensemble des règles applicables aux relations avec des clients ou des prestataires situés hors de France.

Le principe général pour les prestations de services entre professionnels

Pour une prestation de services rendue entre deux professionnels (relation dite B2B), la règle générale, issue de la directive européenne relative à la TVA et transposée dans le Code général des impôts, situe le lieu d'imposition de la TVA dans le pays où le client (le preneur) est établi, et non dans le pays du prestataire. Concrètement, un prestataire français qui facture un client professionnel établi dans un autre pays de l'Union européenne facture hors taxe, et c'est le client qui doit auto-liquider la TVA dans son propre pays, au taux et selon les règles qui y sont applicables.

L'obligation du numéro de TVA intracommunautaire, y compris en franchise en base

Un point surprend souvent les micro-entrepreneurs : même un professionnel placé en franchise en base de TVA (qui ne facture donc normalement pas de TVA à ses clients français) doit obtenir un numéro de TVA intracommunautaire dès lors qu'il facture des prestations de services à un client professionnel établi dans un autre État membre de l'Union européenne. Ce numéro s'obtient gratuitement auprès du service des impôts des entreprises dont dépend le professionnel, sur simple demande, et doit figurer sur chaque facture concernée, généralement accompagnée d'une mention du type « autoliquidation » ou « TVA due par le preneur, article 283-2 du Code général des impôts ».

La déclaration européenne de services

Au-delà de la facturation elle-même, tout prestataire qui facture des services à des clients professionnels établis dans d'autres États membres de l'Union européenne doit déposer périodiquement une déclaration récapitulative de ces échanges, aujourd'hui accessible via le service en ligne de la Douane française, qui permet aux administrations fiscales des différents pays de croiser les informations et de vérifier que la TVA a bien été auto-liquidée du bon côté de la frontière.

Le cas des prestations hors Union européenne

Pour une prestation de services rendue à un client professionnel établi en dehors de l'Union européenne, la règle est encore plus simple : la prestation est en principe exonérée de TVA française, le prestataire facture hors taxe avec une mention du type « TVA non applicable, article 259-1 du Code général des impôts », sans qu'un numéro de TVA intracommunautaire ne soit nécessaire dans ce cas puisque le client n'est pas établi dans l'Union européenne. Ce principe connaît quelques exceptions pour certaines prestations particulières (notamment certains services immatériels fournis à des particuliers non professionnels), qui justifient de vérifier sa situation précise auprès d'un expert-comptable en cas de doute.

Et si c'est le prestataire, et non le client, qui est établi à l'étranger ?

La logique s'inverse symétriquement lorsqu'une entreprise française fait appel à un freelance établi dans un autre pays de l'Union européenne : c'est alors l'entreprise française, en tant que client professionnel, qui doit auto-liquider la TVA française sur la facture reçue hors taxe du prestataire étranger, en la mentionnant à la fois en TVA collectée et en TVA déductible sur sa propre déclaration, une opération neutre en trésorerie mais qui doit être correctement enregistrée en comptabilité pour éviter tout écart lors d'un contrôle fiscal.

6. Le risque de requalification en salariat déguisé avec un freelance étranger

Le risque de requalification d'une relation de prestation en contrat de travail salarié ne disparaît pas parce que le prestataire est établi à l'étranger : il se complique, au contraire, par l'incertitude sur le droit applicable à un éventuel litige.

Les critères de la subordination, identiques quel que soit le pays du prestataire

Les critères qui caractérisent une relation de subordination juridique, et donc un risque de requalification, restent les mêmes que pour un freelance français : des horaires de travail imposés par l'entreprise cliente, une exclusivité de fait qui empêche le prestataire de travailler pour d'autres clients, une intégration continue dans l'organisation de l'entreprise cliente (participation systématique aux réunions internes, adresse e-mail de l'entreprise, outils de travail fournis par l'entreprise), et une absence d'autonomie réelle dans l'organisation du travail et le choix des méthodes. Plus la relation ressemble, dans les faits, à celle d'un salarié ordinaire, plus le risque de requalification est élevé, indépendamment du pays de résidence du prestataire.

Une complexité supplémentaire : quel droit s'applique en cas de litige ?

Avec un prestataire français, un litige sur la nature de la relation relève du conseil de prud'hommes et du droit du travail français. Avec un prestataire établi à l'étranger, la question du droit applicable devient nettement moins évidente : selon les circonstances et le contenu du contrat, ce pourrait être le droit du travail du pays de résidence du prestataire qui s'applique à la relation, avec ses propres critères de subordination, ses propres juridictions compétentes, et ses propres conséquences en matière de cotisations sociales dues rétroactivement dans ce pays. Cette incertitude juridique, propre aux relations internationales, est un argument supplémentaire en faveur d'un contrat de prestation solide, décrit dans la section suivante, et d'une vigilance particulière sur le niveau réel d'autonomie laissé au prestataire au quotidien.

Les conséquences concrètes d'une requalification

Une requalification réussie, qu'elle intervienne en France ou dans le pays du prestataire, expose l'entreprise cliente à devoir régulariser des cotisations sociales rétroactives sur l'ensemble de la relation, à verser des indemnités de rupture comme pour un licenciement, et le cas échéant à des sanctions pour travail dissimulé. Le simple fait de recourir à une plateforme internationale ou à un contrat de prestation en bonne et due forme ne protège jamais totalement contre ce risque si la réalité quotidienne de la collaboration révèle une subordination de fait.

7. Les plateformes de freelances internationaux : panorama réel

Plusieurs plateformes permettent de trouver et de contractualiser avec des freelances internationaux, chacune avec ses spécificités de positionnement, de tarifs et de garanties.

Panorama des principales plateformes

PlateformePositionnementPoints d'attention
MaltPlateforme d'origine française, forte présence en Europe (France, Allemagne, Espagne, Belgique, Pays-Bas notamment), profils souvent qualifiés et vérifiésReste majoritairement centrée sur des freelances basés en Europe plutôt qu'un panel réellement mondial
UpworkPlateforme américaine généraliste, l'une des plus larges au monde en nombre de profils, système de paiement séquestré (escrow) intégréFrais de service prélevés sur les paiements, qualité très hétérogène des profils, nécessite un tri rigoureux
FiverrMarketplace de micro-prestations à tarifs fixes, adaptée aux tâches ponctuelles et bien délimitéesMoins adaptée à des missions longues ou nécessitant un cahier des charges complexe et évolutif
ToptalPlateforme haut de gamme avec processus de sélection très strict des freelances (développement, finance, design), profils premiumTarifs sensiblement plus élevés que la moyenne du marché, en cohérence avec le niveau de sélection
Freelancer.comPlateforme généraliste d'origine australienne, fonctionnement par appels d'offres et enchères entre prestatairesPression à la baisse sur les prix du fait du système d'enchères, vigilance nécessaire sur la qualité
CometPlateforme française orientée profils tech, data et marketing, positionnée sur des missions de conseil et de renfort d'équipeOffre plus large B2B, tarifs proches du marché du conseil français

Ce qu'apporte réellement une plateforme par rapport à une relation directe

Au-delà de la simple mise en relation, la plupart de ces plateformes proposent un système de paiement sécurisé qui protège les deux parties (le client ne débloque le paiement qu'après validation du livrable, le prestataire a la garantie que les fonds sont bien disponibles avant de commencer), un historique d'avis et d'évaluations qui aide à juger du sérieux d'un profil inconnu, et parfois une génération automatique de factures conformes. Ces garanties ont un coût, généralement prélevé sous forme de commission sur le montant de la mission, qu'il faut intégrer dans la comparaison avec un contact direct trouvé par un autre biais.

Les limites à garder en tête

Aucune plateforme, aussi rigoureuse soit sa procédure de sélection, ne dispense de rédiger un contrat de prestation solide pour les missions significatives : les conditions générales de la plateforme encadrent la relation entre elle et ses utilisateurs, pas nécessairement l'ensemble des points spécifiques (propriété intellectuelle détaillée, confidentialité renforcée, clause de non-concurrence) qu'un projet particulier peut exiger. Pour une mission ponctuelle et peu sensible, les conditions générales de la plateforme suffisent souvent ; pour une mission stratégique ou impliquant des données confidentielles, un contrat complémentaire signé directement entre les parties reste vivement recommandé.

8. Les précautions contractuelles indispensables

Trois clauses méritent une attention particulière dans tout contrat de prestation avec un freelance international, car elles ne vont jamais de soi et leur absence peut coûter cher en cas de litige ou de mauvaise surprise ultérieure.

La cession de propriété intellectuelle : jamais automatique pour un non-salarié

En droit français, la propriété intellectuelle d'une création (texte, code informatique, visuel, logo) appartient par défaut à son auteur, et non à celui qui l'a commandée et payée. Ce principe, souvent ignoré, s'applique pleinement à un freelance, y compris étranger : contrairement à un salarié, pour lequel la loi organise un transfert automatique de certains droits à l'employeur dans le cadre de ses fonctions (notamment pour les logiciels), un freelance reste titulaire de ses droits patrimoniaux sur son travail tant qu'il ne les a pas explicitement cédés par contrat. Le Code de la propriété intellectuelle impose même que chaque droit cédé soit mentionné distinctement dans l'acte de cession, et que le domaine d'exploitation des droits cédés soit délimité quant à son étendue, sa destination, le lieu et la durée : une clause vague du type « tous les droits sont cédés au client » n'offre donc pas une sécurité juridique optimale, une rédaction précise reste préférable.

La confidentialité, à formaliser même pour une mission courte

Une clause de confidentialité (ou un accord de non-divulgation séparé, souvent désigné par son acronyme anglais NDA) doit couvrir explicitement les informations sensibles échangées pendant la mission : données clients, informations stratégiques, code source, accès à des outils internes. Cette clause devrait préciser la durée de l'obligation de confidentialité (idéalement au-delà de la fin de la mission elle-même), et peut être renforcée par des mesures pratiques comme la limitation des accès aux seules données strictement nécessaires à la mission.

Le droit applicable et la juridiction compétente

Un contrat international sans clause de droit applicable expose à une incertitude sérieuse en cas de litige : quel tribunal serait compétent, et quel droit national s'appliquerait pour trancher le désaccord ? Le règlement européen dit « Rome I » permet aux parties à un contrat international de choisir librement la loi applicable à leur relation contractuelle ; à défaut de choix exprès, la loi applicable est en principe celle du pays où le prestataire a sa résidence habituelle. Il est donc fortement recommandé, pour un client français, de désigner explicitement le droit français comme loi applicable et les tribunaux français comme juridiction compétente, ce que la plupart des prestataires étrangers acceptent sans difficulté pour des missions de taille raisonnable, à condition que cette clause figure clairement dans le contrat signé par les deux parties.

Quelques précautions complémentaires utiles

  • préciser les modalités de livraison et de recette du travail (délais, format des livrables, nombre de révisions incluses) ;
  • fixer la devise de facturation et les modalités de paiement pour éviter les mauvaises surprises liées aux frais bancaires internationaux ;
  • prévoir une clause de résiliation anticipée claire, notamment en cas de manquement grave ou de disparition du prestataire ;
  • demander, pour les missions significatives, un justificatif d'immatriculation professionnelle du prestataire dans son pays de résidence.

9. Portage, freelance direct ou plateforme : comment choisir

Le choix entre ces trois options dépend avant tout de la nature de la mission, du niveau de risque de requalification qu'elle comporte, et du budget disponible.

Tableau comparatif synthétique

SituationOption la plus adaptée
Mission ponctuelle, bien délimitée, peu de contact avec l'équipe interneFreelance en direct (français ou étranger) ou plateforme spécialisée
Collaboration régulière avec forte intégration dans les équipes ou les locauxPortage salarial si le professionnel est en France, employeur de substitution international s'il est établi à l'étranger
Besoin d'une expertise pointue et rare, budget limitéPlateforme internationale généraliste ou premium selon le niveau d'expertise recherché
Mission stratégique impliquant des données sensibles ou du code propriétaireContrat direct avec clauses de cession de propriété intellectuelle et de confidentialité renforcées, quel que soit le canal de mise en relation
Volonté de sécuriser au maximum la relation contre tout risque de requalificationPortage salarial (en France) ou employeur de substitution (à l'étranger)

Ne jamais choisir uniquement sur le critère du prix

Le tarif le plus bas affiché par un prestataire étranger ou une plateforme n'est jamais le seul critère pertinent : le coût réel d'une mission mal encadrée juridiquement, ou d'une prestation de qualité insuffisante livrée trop tard, dépasse largement l'écart de prix apparent avec une solution plus sécurisée. La vigilance sur les critères qualitatifs (avis, portfolio, échanges préalables, essai sur une petite tâche avant un engagement plus large) reste indispensable, quelle que soit l'option retenue.

10. Checklist avant de contractualiser

  • J'ai clairement identifié si mon besoin relève d'une mission ponctuelle ou d'une collaboration régulière fortement intégrée à mon activité.
  • J'ai vérifié le statut professionnel du prestataire étranger (immatriculation locale, extrait de registre ou équivalent).
  • J'ai déterminé si mon prestataire est établi dans l'Union européenne ou en dehors, et appliqué la règle de TVA correspondante.
  • J'ai obtenu mon numéro de TVA intracommunautaire si je facture ou reçois des factures de prestataires professionnels situés dans l'Union européenne, même en franchise en base.
  • J'ai vérifié que la relation quotidienne avec mon prestataire ne comporte pas de signes de subordination (horaires imposés, exclusivité, intégration continue dans mon organisation).
  • Mon contrat comporte une clause de cession explicite et détaillée des droits de propriété intellectuelle.
  • Mon contrat comporte une clause de confidentialité couvrant la durée de la mission et la période qui la suit.
  • Mon contrat désigne explicitement le droit applicable et la juridiction compétente en cas de litige.
  • J'ai fixé la devise de facturation et les modalités de paiement, en anticipant les frais bancaires internationaux.
  • J'ai comparé le coût réel du portage salarial, de la sous-traitance directe et des plateformes internationales avant de choisir mon option, sans me limiter au seul tarif affiché.

11. Foire aux questions

Le portage salarial permet-il de sous-traiter à un professionnel basé à l'étranger ?

Non, pas directement : le portage salarial est un dispositif français, encadré par le Code du travail et la convention collective de branche du portage, qui s'adresse à un professionnel rattaché administrativement à la France. Pour un collaborateur réellement établi à l'étranger et une relation intégrée, ce sont les sociétés d'employeur de substitution internationales (« Employer of Record ») qui remplissent une fonction comparable.

Dois-je facturer la TVA à un client professionnel situé en Allemagne ?

Non, dans le cas général d'une prestation de services entre professionnels : vous facturez hors taxe avec la mention de l'autoliquidation par le client, qui déclare lui-même la TVA due dans son propre pays. Cela suppose d'avoir obtenu au préalable un numéro de TVA intracommunautaire, même si votre activité est par ailleurs en franchise en base de TVA en France.

Comment me protéger si un freelance étranger disparaît sans livrer le travail ?

Un contrat prévoyant un calendrier de livraison par étapes, avec des paiements échelonnés conditionnés à chaque validation intermédiaire, limite fortement l'exposition financière en cas de disparition du prestataire. Les plateformes avec paiement séquestré offrent une protection comparable en ne libérant les fonds qu'après validation de chaque livrable. Une clause de résiliation anticipée pour manquement, assortie du droit de récupérer les livrables déjà produits, complète utilement cette protection.

Le risque de requalification en salariat déguisé est-il plus faible avec un freelance étranger qu'avec un freelance français ?

Non, il n'est pas plus faible, il est simplement moins bien identifié en pratique. Les critères de subordination restent les mêmes (horaires imposés, exclusivité, intégration continue), et une éventuelle requalification pourrait relever du droit du travail du pays de résidence du prestataire, ajoutant une incertitude sur les règles et les sanctions applicables plutôt que de réduire le risque lui-même.

Puis-je exiger que le contrat soit soumis au droit français avec un prestataire basé à l'étranger ?

Oui, c'est même vivement recommandé. Le règlement européen Rome I autorise les parties à un contrat international à choisir librement la loi applicable à leur relation contractuelle. La plupart des freelances étrangers acceptent cette clause sans difficulté pour des missions de taille raisonnable, à condition qu'elle soit clairement rédigée et acceptée par les deux parties au moment de la signature.

Une simple facture suffit-elle, ou faut-il systématiquement un contrat écrit avec un freelance étranger ?

Pour une mission ponctuelle et de faible montant, une facture détaillée accompagnée d'un échange écrit clair sur le périmètre de la prestation peut suffire. Dès que la mission devient significative en montant, en durée, ou implique des données sensibles ou une création intellectuelle importante (code, contenu, visuel destiné à un usage commercial), un contrat de prestation écrit, couvrant a minima la cession de propriété intellectuelle, la confidentialité et le droit applicable, devient indispensable.

12. Sources

  • Service-public.fr — le portage salarial : fonctionnement et cadre juridique.
  • Entreprendre.service-public.fr — fiches pratiques sur la TVA intracommunautaire, la facturation internationale et la sous-traitance.
  • Impots.gouv.fr — obtention du numéro de TVA intracommunautaire, règles de territorialité de la TVA sur les prestations de services.
  • Douane.gouv.fr — déclaration européenne de services et échanges intracommunautaires.
  • Code du travail numérique — critères de la relation de subordination et risques de requalification en salariat déguisé.
  • Ministère de l'Économie et des Finances — repères sur la réglementation applicable à la sous-traitance et aux prestations internationales.

Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil personnalisé. Les seuils, montants, taux et dispositifs cités sont susceptibles d'évoluer : vérifiez toujours l'information la plus récente auprès des organismes officiels avant toute décision, et rapprochez-vous d'un expert-comptable ou d'un juriste en droit des affaires international pour toute situation particulière.