Le calendrier administratif de l'entrepreneur : ne rien rater dans l'année
Micro-entreprise, SASU, EURL, SARL : chaque statut a son propre rythme d'obligations. Urssaf, impôts, greffe, TVA, DSN... voici comment construire un calendrier qui vous évite les pénalités et les mauvaises surprises de trésorerie.
Sommaire
- L'essentiel
- 1. Pourquoi un calendrier administratif structuré change tout
- 2. Le calendrier de la micro-entreprise
- 3. Le calendrier de la SASU / société à l'IS
- 4. Les échéances sociales communes à surveiller
- 5. La TVA : rythme des déclarations selon le régime
- 6. Facturation électronique 2026-2027
- 7. Construire son propre calendrier personnalisé
- 8. Que faire en cas de retard ou d'oubli
- 9. Tableau récapitulatif annuel type
- 10. Foire aux questions
- 11. Sources
L'essentiel
Chaque statut juridique impose son propre rythme d'obligations : le micro-entrepreneur déclare son chiffre d'affaires chaque mois ou chaque trimestre à l'Urssaf et règle sa CFE en décembre ; le dirigeant de SASU ou d'EURL à l'IS doit clôturer un exercice, déposer une liasse fiscale, verser des acomptes d'impôt sur les sociétés, tenir une assemblée générale annuelle et déposer ses comptes au greffe dans des délais stricts. À cela s'ajoutent, selon les cas, la TVA (mensuelle, trimestrielle ou annuelle), la DSN pour les employeurs, et bientôt les nouvelles obligations de facturation électronique qui entreront en vigueur entre 2026 et 2027. Rater une échéance coûte cher : majorations de 10 % à 40 %, intérêts de retard de 0,20 % par mois, voire taxation d'office en cas de récidive. La bonne nouvelle, c'est qu'un calendrier bien construit, couplé à des rappels automatisés, transforme ces obligations en routine plutôt qu'en source de stress permanent. Ce guide détaille, statut par statut et mois par mois, toutes les échéances à connaître pour piloter sereinement son année administrative et fiscale en 2026.
1. Pourquoi un calendrier administratif structuré change tout
On sous-estime presque toujours, au moment de créer son activité, le poids réel de la charge administrative. Ce n'est pas tant la difficulté de chaque démarche qui pose problème — la plupart des télédéclarations prennent quelques minutes — que leur récurrence et leur dispersion dans le temps. Une micro-entreprise cumule à elle seule entre 12 et 15 échéances par an selon la périodicité choisie. Une SASU à l'IS avec un salarié en gère facilement le double. Sans vision d'ensemble, l'entrepreneur navigue à vue, découvre les échéances au fil des emails de rappel (ou pire, des mises en demeure), et finit par vivre son année sous tension permanente.
Éviter les pénalités de retard
C'est la raison la plus immédiate. L'administration fiscale et l'Urssaf appliquent des majorations automatiques dès le premier jour de retard sur la plupart des déclarations : 10 % pour une déclaration de revenus tardive mais spontanée, jusqu'à 40 % en cas de mise en demeure restée sans réponse, sans compter les intérêts de retard de 0,20 % par mois qui s'ajoutent à l'impôt dû. Pour la CFE, l'absence de paiement à la date limite entraîne une majoration de 5 % assortie d'intérêts. Une simple déclaration de chiffre d'affaires oubliée en micro-entreprise déclenche elle aussi une pénalité, même à 0 € de CA. Sur une année, l'accumulation de plusieurs petits retards peut représenter plusieurs centaines, voire milliers d'euros — un coût entièrement évitable.
Anticiper la trésorerie
Un calendrier administratif n'est pas qu'un outil de conformité : c'est un outil de pilotage financier. Savoir, dès janvier, que la CFE tombera en décembre, que l'IS se règle en quatre acomptes trimestriels, ou que la TVA collectée devra être reversée chaque mois, permet de provisionner ces sommes au fur et à mesure plutôt que de les découvrir en urgence. Beaucoup de défaillances d'entreprises jeunes ne viennent pas d'un manque de chiffre d'affaires, mais d'une trésorerie mal anticipée face à des échéances fiscales et sociales groupées sur une même période — typiquement en fin d'année, quand CFE, solde d'IS et acomptes se chevauchent.
Réduire le stress administratif
Enfin, il y a un bénéfice moins chiffrable mais tout aussi réel : la charge mentale. Un entrepreneur qui découvre chaque échéance au dernier moment vit dans une vigilance permanente, coûteuse en énergie et en attention — au détriment du développement de son activité. À l'inverse, un calendrier posé une fois pour toutes, complété par des rappels automatiques, libère l'esprit : les obligations deviennent des routines plutôt que des urgences. C'est tout l'objet de ce guide : vous donner, statut par statut, la liste exhaustive des échéances à connaître, puis une méthode pour construire votre propre calendrier personnalisé.
2. Le calendrier de la micro-entreprise
Le régime de la micro-entreprise (auto-entrepreneur) séduit par sa simplicité comptable, mais il n'exonère pas d'un calendrier précis d'obligations déclaratives. Voici les échéances à ne pas manquer.
La déclaration de chiffre d'affaires : mensuelle ou trimestrielle
C'est l'obligation cœur du régime. Chaque micro-entrepreneur choisit, à la création, une périodicité mensuelle ou trimestrielle pour déclarer son chiffre d'affaires encaissé sur le site autoentrepreneur.urssaf.fr (ou l'application mobile dédiée). Cette déclaration sert de base au calcul des cotisations sociales, réglées au même moment par prélèvement.
- Périodicité mensuelle : déclaration à effectuer avant le dernier jour du mois suivant (ex. le CA de janvier se déclare avant le dernier jour de février).
- Périodicité trimestrielle : déclaration avant le dernier jour du mois suivant le trimestre écoulé (ex. le CA du 1er trimestre — janvier à mars — se déclare avant le 30 avril).
- Important : même en l'absence de chiffre d'affaires sur la période, la déclaration reste obligatoire. Une déclaration « à 0 » non transmise est sanctionnée par une pénalité forfaitaire.
La CFE : échéance de décembre
La cotisation foncière des entreprises (CFE) est due par la quasi-totalité des micro-entrepreneurs, sauf exonération la première année d'activité et certains cas particuliers (très faible chiffre d'affaires, certaines activités artisanales). L'avis de CFE est mis à disposition dans l'espace professionnel du site impots.gouv.fr courant novembre, et le paiement doit être effectué au plus tard le 15 décembre de chaque année (échéance reportée au premier jour ouvré suivant si elle tombe un week-end). Le prélèvement, s'il est mis en place, est automatique à cette date ; sinon, un règlement en ligne est obligatoire au-delà de 300 €.
La déclaration complémentaire de revenus (2042-C-PRO)
Chaque année, entre fin avril et début juin, le micro-entrepreneur doit reporter son chiffre d'affaires annuel sur la déclaration de revenus complémentaire n° 2042-C-PRO, jointe à la déclaration de revenus classique. Cette formalité concerne tous les micro-entrepreneurs, qu'ils aient opté ou non pour le versement fiscal libératoire :
- Sans versement libératoire : le CA déclaré permet à l'administration de calculer l'abattement forfaitaire puis d'intégrer le revenu net dans le barème progressif de l'impôt sur le revenu.
- Avec versement libératoire : l'impôt a déjà été prélevé mensuellement ou trimestriellement en même temps que les cotisations sociales, mais le CA doit tout de même figurer sur la 2042-C-PRO à titre indicatif, notamment pour le calcul du revenu fiscal de référence.
Les dates limites de la campagne de déclaration de revenus varient chaque année selon le département de résidence (généralement entre fin mai et début juin pour la déclaration en ligne) ; elles sont annoncées par la DGFiP au printemps.
La TVA en cas de dépassement de seuils
La micro-entreprise bénéficie par défaut de la franchise en base de TVA, mais cet avantage disparaît si le chiffre d'affaires dépasse les seuils réglementaires (seuils actualisés chaque année, de l'ordre de 37 500 € pour les prestations de services et 85 000 € pour la vente de marchandises en 2026, avec un seuil majoré de tolérance). Dès le dépassement constaté, l'entrepreneur devient redevable de la TVA dès le premier jour du mois de dépassement, doit s'immatriculer à la TVA auprès du service des impôts des entreprises, et bascule vers un régime déclaratif (voir partie 5). Ce changement de statut doit être anticipé : il implique de facturer la TVA aux clients, de la collecter, de la reverser, et de tenir une comptabilité plus détaillée.
3. Le calendrier de la SASU / société à l'IS
Le passage en société (SASU, EURL à l'IS, SARL) change radicalement la donne administrative. La comptabilité devient obligatoire dans les règles de l'art, et le calendrier s'articule autour de la clôture de l'exercice comptable.
La clôture d'exercice
Chaque société choisit librement la date de clôture de son exercice comptable, le plus souvent fixée au 31 décembre pour coïncider avec l'année civile, mais certaines sociétés optent pour une clôture décalée (30 juin, 31 mars...) selon la saisonnalité de leur activité. Cette date de clôture déclenche une cascade d'obligations à respecter dans les mois suivants.
La liasse fiscale et le dépôt des comptes annuels
Dans les mois qui suivent la clôture, la société doit :
- Établir la liasse fiscale (bilan, compte de résultat, annexes, tableaux fiscaux) et la télétransmettre à l'administration fiscale au plus tard dans les trois mois suivant la clôture pour une société à l'IS (soit le 2ᵉ jour ouvré suivant le 1ᵉʳ mai pour une clôture au 31 décembre, un report de tolérance étant généralement accordé chaque année par l'administration).
- Déposer les comptes annuels au greffe du tribunal de commerce dans un délai de sept mois après la clôture de l'exercice (donc au plus tard fin juillet pour une clôture au 31 décembre), ou dans le mois suivant l'approbation des comptes par l'assemblée générale si celle-ci intervient plus tard. Ce dépôt est obligatoire même pour une société sans activité, sous peine d'injonction du greffe puis d'amende (jusqu'à 1 500 € pour une SASU, doublée en cas de récidive).
L'impôt sur les sociétés : acomptes et solde
Les sociétés à l'IS dont le chiffre d'affaires du dernier exercice dépasse un certain seuil (généralement 84 000 € de chiffre d'affaires hors taxes) doivent verser quatre acomptes d'IS en cours d'année, aux échéances fixes du 15 mars, 15 juin, 15 septembre et 15 décembre, chacun calculé sur la base de l'impôt de l'exercice précédent. Les sociétés nouvellement créées ou celles dont l'IS de l'exercice précédent était inférieur à 3 000 € en sont dispensées la première année. Le solde de l'IS, qui régularise la différence entre l'impôt réellement dû et les acomptes versés, doit être payé au plus tard le 15 du quatrième mois suivant la clôture de l'exercice (donc le 15 mai pour une clôture au 31 décembre).
L'assemblée générale annuelle d'approbation des comptes
Même dans une SASU unipersonnelle, la loi impose la tenue d'une décision de l'associé unique (ou d'une assemblée générale pour les sociétés pluripersonnelles) approuvant les comptes annuels dans un délai de six mois suivant la clôture de l'exercice (soit avant le 30 juin pour une clôture au 31 décembre). Cette décision, formalisée par un procès-verbal, conditionne ensuite le dépôt des comptes au greffe et l'affectation du résultat (mise en réserve, distribution de dividendes).
La CFE et, le cas échéant, la CVAE
Comme pour les micro-entrepreneurs, la CFE est due chaque année avec paiement au 15 décembre. Les sociétés dont le chiffre d'affaires dépasse 500 000 € sont en outre redevables de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), avec un acompte à verser au 15 juin et le solde en année N+1 avec la déclaration de liquidation définitive au printemps ; la loi de finances organise depuis plusieurs années une suppression progressive de la CVAE, avec un calendrier de baisse des taux qu'il convient de vérifier chaque année en loi de finances.
4. Les échéances sociales communes à surveiller
Au-delà des obligations fiscales, plusieurs échéances sociales rythment l'année, en particulier dès que la société emploie du personnel ou que le dirigeant relève du régime assimilé salarié.
La DSN pour les employeurs
Dès qu'une entreprise emploie au moins un salarié, elle doit transmettre chaque mois la déclaration sociale nominative (DSN), qui remplace la quasi-totalité des déclarations sociales périodiques. La DSN doit être déposée au plus tard le 5 du mois pour les entreprises de 50 salariés et plus ayant opté pour l'échéance décalée, ou le 15 du mois pour la majorité des employeurs, au titre des salaires versés le mois précédent. Un retard ou une erreur dans la DSN entraîne des pénalités spécifiques (généralement 61 € par salarié et par mois de retard, plafonnées) et peut retarder le calcul des droits sociaux des salariés (indemnités journalières, chômage, retraite).
Les cotisations du dirigeant assimilé salarié
Le président de SASU relève, sur le plan social, du régime général des salariés (dit « assimilé salarié »), même sans lien de subordination réel. Cela signifie que sa rémunération, si elle en perçoit une, doit faire l'objet d'un bulletin de paie et de cotisations sociales déclarées via la DSN, exactement comme pour un salarié classique, avec paiement des cotisations Urssaf et retraite complémentaire (Agirc-Arrco) selon les mêmes échéances mensuelles ou trimestrielles que les autres employeurs. Un dirigeant qui ne se verse aucune rémunération n'a en principe pas de cotisation minimale à payer à ce titre, contrairement au gérant majoritaire de SARL relevant du régime des travailleurs indépendants.
La mutuelle d'entreprise
Dès le premier salarié embauché (le dirigeant assimilé salarié n'y étant pas obligé seul, sauf s'il perçoit un salaire et selon les conventions collectives), l'entreprise doit proposer une complémentaire santé collective obligatoire, avec une participation employeur d'au moins 50 % de la cotisation. La mise en place doit intervenir dès l'embauche, et les cotisations sont prélevées mensuellement, en parallèle de la paie. Il est conseillé de comparer les offres et de signer le contrat avant la date d'embauche effective pour éviter toute rupture de couverture, qui expose à un rappel de cotisations et à un risque de contentieux avec le salarié.
5. La TVA : rythme des déclarations selon le régime
Dès qu'une entreprise sort de la franchise en base (ou n'en a jamais bénéficié), elle doit choisir ou se voir attribuer un régime de TVA, dont la périodicité déclarative dépend du chiffre d'affaires réalisé.
Le régime réel normal : déclaration mensuelle (CA3)
Applicable de plein droit lorsque le chiffre d'affaires dépasse certains seuils (environ 840 000 € pour le négoce, 254 000 € pour les prestations de services en 2026, seuils réactualisés chaque année), ou sur option volontaire. La déclaration CA3 doit être télétransmise chaque mois, généralement entre le 15 et le 24 du mois suivant selon le numéro de SIREN de l'entreprise (le calendrier précis est publié chaque année par la DGFiP). Une entreprise dont la TVA due est inférieure à 4 000 € par an peut demander à passer à une déclaration trimestrielle.
Le régime réel simplifié : deux acomptes et une régularisation annuelle (CA12)
Ce régime concerne les entreprises dont le chiffre d'affaires se situe en dessous des seuils du réel normal mais au-dessus de la franchise en base. Il repose sur un mécanisme d'acomptes semestriels : un acompte en juillet (représentant 55 % de la TVA due l'année précédente) et un second en décembre (40 %), puis une déclaration annuelle de régularisation, la CA12, à déposer avant le 2ᵉ jour ouvré suivant le 1ᵉʳ mai de l'année suivante (pour un exercice clos au 31 décembre), qui solde la différence entre la TVA réellement due et les acomptes versés.
Les régimes trimestriels et le cas particulier de la micro-entreprise
Certaines entreprises optent pour une déclaration trimestrielle de TVA (notamment sous le régime réel normal quand la TVA annuelle due reste modeste). Une micro-entreprise qui dépasse le seuil de la franchise en base en cours d'année doit s'immatriculer sans délai à la TVA et sera le plus souvent rattachée au régime réel simplifié ou normal selon son volume d'affaires prévisionnel — un point à valider avec le service des impôts des entreprises ou un expert-comptable dès le franchissement du seuil constaté.
Dans tous les cas, mieux vaut noter dans son calendrier la date de bascule de régime éventuelle (généralement au 1ᵉʳ janvier de l'exercice suivant celui du dépassement) pour ne pas se retrouver en défaut de déclaration.
6. Les obligations liées à la facturation électronique 2026-2027
La réforme de la facturation électronique interentreprises (e-invoicing) constitue le grand chantier administratif des prochaines années pour toutes les entreprises françaises, quel que soit leur statut. Elle mérite une ligne à part entière dans le calendrier de tout entrepreneur.
Rappel du calendrier
Le dispositif prévoit une généralisation en deux temps, avec des échéances ajustées par les lois de finances successives :
- Réception des factures électroniques : toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques dès l'entrée en vigueur de la réforme, dont la date a été repoussée à plusieurs reprises (échéance de référence fixée au 1ᵉʳ septembre 2026 selon les derniers textes disponibles, à vérifier chaque année tant les calendriers ont été révisés depuis 2023).
- Émission des factures électroniques : obligation qui s'applique de façon échelonnée selon la taille de l'entreprise — grandes entreprises et ETI en premier (1ᵉʳ septembre 2026), puis PME et micro-entreprises un an plus tard (1ᵉʳ septembre 2027).
- Le e-reporting (transmission à l'administration des données de transactions non couvertes par la facture électronique, notamment vers les particuliers et à l'international) suit un calendrier calé sur les mêmes dates.
Ces dates doivent systématiquement être reconfirmées auprès d'impots.gouv.fr, car le calendrier de cette réforme a déjà connu plusieurs reports depuis son annonce initiale.
Ce qu'il faut préparer en amont
Anticiper cette réforme dès 2026 évite un effet tunnel l'année de bascule. Quelques actions concrètes à intégrer au calendrier :
- Choisir une plateforme agréée (« plateforme de dématérialisation partenaire » ou portail public de facturation) capable de gérer l'émission, la réception et le e-reporting.
- Vérifier la compatibilité de son outil de facturation ou de son logiciel de gestion (y compris Odoo) avec les formats requis (Factur-X, UBL, CII) et le flux de transmission via l'annuaire central.
- Adapter ses processus internes : mentions obligatoires supplémentaires sur les factures, gestion du statut de la facture (déposée, reçue, rejetée, payée), archivage électronique probant.
- Former les équipes comptables et commerciales à ce nouveau flux, en particulier si l'entreprise facture encore par email ou papier.
- Tester en amont avec ses principaux fournisseurs et clients, si possible dès l'ouverture des phases pilotes annoncées par l'administration.
Un rendez-vous annuel avec son expert-comptable, à programmer dès le premier trimestre, permet de suivre les évolutions réglementaires de ce dossier qui reste mouvant.
7. Construire son propre calendrier personnalisé
Les parties précédentes dressent un panorama complet, mais chaque entrepreneur ne relève que d'une partie de ces obligations. La clé est de construire un calendrier sur mesure, propre à sa situation, plutôt que de se fier à sa mémoire ou à des rappels épars.
Étape 1 : lister toutes ses échéances propres à son statut
Commencez par dresser, sur un simple tableur ou dans un outil de gestion, la liste exhaustive de vos obligations en fonction de votre statut exact : régime micro ou société, régime de TVA applicable, présence ou non de salariés, date de clôture d'exercice. Cette liste doit préciser, pour chaque échéance : sa nature, sa date (ou sa fenêtre de dates), l'organisme destinataire, et le montant approximatif à provisionner si pertinent. N'hésitez pas à solliciter votre expert-comptable ou votre centre de gestion agréé pour valider cette liste la première année : c'est l'investissement le plus rentable de votre calendrier administratif.
Étape 2 : les intégrer à un outil de rappel
Une fois la liste établie, elle doit vivre dans un outil que vous consultez réellement au quotidien : agenda partagé (Google Calendar, Outlook) avec des événements récurrents et des alertes à J-15 et J-2, logiciel de comptabilité ou de facturation qui intègre nativement un calendrier fiscal (beaucoup de solutions, dont Odoo, proposent ce type de module), ou simple tableau de bord affiché dans votre espace de travail. L'essentiel est la récurrence automatique : une échéance mensuelle programmée une fois pour toutes évite d'avoir à y repenser chaque mois.
Étape 3 : prévoir des marges de sécurité avant chaque date limite
Ne calez jamais vos rappels sur la date limite elle-même. La bonne pratique consiste à se fixer une échéance interne anticipée d'au moins cinq à dix jours ouvrés avant la date légale, pour absorber les imprévus (site indisponible, justificatif manquant, question à poser à son comptable). Pour les échéances impliquant un virement ou un prélèvement bancaire, vérifiez également le délai de traitement de votre banque, notamment en période de congés ou de jours fériés qui peuvent décaler les traitements de 24 à 48 heures.
Étape 4 : revoir son calendrier chaque année
Les seuils, les taux et parfois les dates limites évoluent chaque année en loi de finances. Un calendrier figé au moment de la création de l'entreprise devient vite obsolète : prévoyez un point annuel, par exemple en janvier, pour vérifier les nouveaux seuils de TVA et de franchise en base, les taux de cotisations sociales, et les éventuelles évolutions réglementaires (comme celles de la facturation électronique). C'est aussi le bon moment pour vérifier si un changement de régime (passage au réel simplifié, sortie de la franchise en base, changement de périodicité de déclaration Urssaf) est nécessaire compte tenu de l'évolution de votre activité.
8. Que faire en cas de retard ou d'oubli
Malgré toutes les précautions, un oubli peut arriver. Voici comment réagir pour limiter les conséquences.
Les pénalités de retard typiques
- Déclaration de revenus tardive : majoration de 10 % si la déclaration est déposée spontanément après la date limite mais sans mise en demeure ; 20 % en cas de dépôt dans les trente jours suivant une mise en demeure ; 40 % au-delà, ou en l'absence totale de déclaration.
- Retard de paiement de l'impôt (IS, TVA) : majoration de 10 % du montant dû, assortie d'un intérêt de retard de 0,20 % par mois de retard.
- CFE non payée dans les délais : majoration de 5 % appliquée automatiquement, plus intérêts de retard.
- Déclaration Urssaf de chiffre d'affaires manquante : pénalité forfaitaire, même en l'absence de chiffre d'affaires sur la période concernée, avec un risque de taxation d'office (calcul du montant dû sur une base forfaitaire majorée) en cas de récidive.
- DSN en retard ou erronée : pénalité par salarié et par mois de retard, avec un plancher réglementaire.
- Dépôt des comptes annuels hors délai : injonction du greffe sous astreinte, puis amende pouvant atteindre 1 500 € (3 000 € en cas de récidive), sans compter le risque réputationnel d'une mention au registre du commerce.
Les démarches de régularisation
La règle d'or est d'agir vite et de ne jamais laisser un retard s'accumuler. Concrètement :
- Déposez la déclaration manquante dès que possible, même en retard : une régularisation spontanée est toujours moins pénalisée qu'une relance de l'administration, et arrête l'accumulation des intérêts de retard.
- Sollicitez un délai de paiement auprès de l'Urssaf (via le compte en ligne, rubrique « messagerie » ou demande de délai) ou du service des impôts des entreprises si la trésorerie ne permet pas un règlement immédiat : ces organismes acceptent fréquemment des échéanciers, surtout en cas de première demande et de bonne foi démontrée.
- Demandez une remise gracieuse des pénalités (mais rarement des intérêts de retard) en expliquant les circonstances : cette demande, à adresser par courrier ou via la messagerie sécurisée de l'espace professionnel, est examinée au cas par cas et aboutit plus facilement pour un premier incident isolé.
Contacter l'administration
Il ne faut jamais laisser un courrier de relance ou une mise en demeure sans réponse. Les canaux à privilégier :
- Pour l'Urssaf : la messagerie de l'espace en ligne autoentrepreneur.urssaf.fr ou urssaf.fr, qui permet un échange tracé et généralement traité sous quelques jours.
- Pour les impôts : la messagerie sécurisée de l'espace professionnel sur impots.gouv.fr, ou un rendez-vous en Service des impôts des entreprises (SIE) pour les situations complexes.
- Pour le greffe : le guichet unique des formalités des entreprises ou directement le greffe du tribunal de commerce compétent.
Dans tous les cas, faire appel à un expert-comptable dès les premiers signes de difficulté à suivre son calendrier reste la meilleure prévention : il connaît les interlocuteurs, les modèles de courrier de demande de délai ou de remise gracieuse, et peut souvent désamorcer une situation avant qu'elle ne s'aggrave.
9. Un tableau récapitulatif annuel type
Ce tableau rassemble, mois par mois, les échéances les plus courantes pour un indépendant en micro-entreprise et pour un dirigeant de société à l'IS (SASU, EURL, SARL) avec clôture au 31 décembre. Adaptez-le à votre situation exacte : périodicité de vos déclarations, date de clôture de votre exercice, présence de salariés.
| Mois | Micro-entreprise | Société à l'IS (clôture 31/12) |
|---|---|---|
| Janvier | Déclaration CA de décembre (mensuel) ; point annuel sur les seuils et taux | DSN de décembre si employeur ; clôture de l'exercice N-1 |
| Février | Déclaration CA de janvier (mensuel) | Préparation de la liasse fiscale ; DSN mensuelle si employeur |
| Mars | Déclaration CA de février (mensuel) | 1ᵉʳ acompte d'IS (15 mars) ; TVA mensuelle/trimestrielle courante |
| Avril | Déclaration CA du 1ᵉʳ trimestre (trimestriel) ; déclaration CA de mars (mensuel) | Dépôt de la liasse fiscale (3 mois après clôture) |
| Mai | Ouverture de la campagne de déclaration de revenus (2042-C-PRO) | Solde de l'IS (15 mai) ; déclaration CA12 pour le réel simplifié |
| Juin | Fin de la campagne de déclaration de revenus (selon département) | Approbation des comptes en AG (avant le 30 juin) ; acompte de CVAE (15 juin) si concerné |
| Juillet | Déclaration CA du 2ᵉ trimestre (trimestriel) | 1ᵉʳ acompte de TVA réel simplifié (55 %) ; dépôt des comptes au greffe (7 mois après clôture) |
| Août | Déclaration CA de juillet (mensuel) | 2ᵉ acompte d'IS (15 septembre à venir, à préparer) |
| Septembre | Déclaration CA d'août (mensuel) | 2ᵉ acompte d'IS (15 septembre) |
| Octobre | Déclaration CA du 3ᵉ trimestre (trimestriel) | DSN mensuelle si employeur ; suivi de trésorerie pour la CFE de décembre |
| Novembre | Réception de l'avis de CFE | Réception de l'avis de CFE ; préparation du 3ᵉ acompte de TVA/2ᵉ acompte simplifié |
| Décembre | Paiement de la CFE (15 décembre) ; déclaration CA de novembre (mensuel) | Paiement de la CFE (15 décembre) ; 4ᵉ acompte d'IS (15 décembre) ; 2ᵉ acompte de TVA réel simplifié (40 %, 15 décembre) |
Tableau indicatif établi pour l'année 2026 sur la base des règles en vigueur ; les dates précises (notamment celles calées sur un « 2ᵉ jour ouvré ») peuvent varier de quelques jours d'une année à l'autre et doivent être vérifiées chaque année sur impots.gouv.fr et urssaf.fr.
10. Foire aux questions
Que se passe-t-il si je déclare un chiffre d'affaires nul à l'Urssaf en retard ?
Même une déclaration à 0 € doit être transmise dans les délais. Un retard, même sans montant dû, expose à une pénalité forfaitaire appliquée automatiquement par l'Urssaf. Il est donc essentiel de déclarer à échéance, quelle que soit l'activité réelle du mois ou du trimestre.
Puis-je changer la date de clôture de mon exercice comptable en cours de vie de la société ?
Oui, un changement de date de clôture est possible, mais il nécessite une décision des associés et entraîne, l'année du changement, un exercice comptable exceptionnellement plus long ou plus court que douze mois. Cette opération doit être anticipée avec votre expert-comptable, car elle modifie temporairement le calendrier de toutes les échéances liées à la clôture (liasse, IS, dépôt des comptes).
La CFE peut-elle être supprimée ou allégée la première année d'activité ?
Oui : toute entreprise, quel que soit son statut, bénéficie d'une exonération de CFE au titre de sa première année civile d'activité. La CFE devient due à partir de la deuxième année, avec une base parfois réduite selon la date de création en cours d'année.
Que faire si je change de régime de TVA en cours d'année ?
Un changement de régime (sortie de la franchise en base, passage du réel simplifié au réel normal) doit être signalé au service des impôts des entreprises, qui ajustera votre calendrier déclaratif. Il est conseillé de faire ce point avec votre expert-comptable dès que le chiffre d'affaires approche un seuil, plutôt que d'attendre le dépassement effectif.
Le dirigeant de SASU doit-il cotiser même sans se verser de rémunération ?
Non : contrairement au gérant majoritaire de SARL affilié au régime des travailleurs indépendants (qui doit une cotisation minimale même sans rémunération), le président de SASU non rémunéré ne génère en principe aucune cotisation sociale à titre personnel, faute de rémunération soumise à charges. Il reste toutefois nécessaire de vérifier sa couverture sociale personnelle (assurance maladie, retraite) dans ce cas de figure.
Un outil comme Odoo peut-il m'aider à suivre mon calendrier administratif ?
Oui, un ERP de gestion peut intégrer un calendrier fiscal et social avec rappels automatiques, en particulier pour la TVA, les échéances de paie et le suivi des dates de dépôt. Cela ne dispense toutefois pas de faire valider son calendrier complet par un expert-comptable la première année, notamment pour les échéances liées à la clôture d'exercice et à l'assemblée générale.
Que faire si j'ai raté la date de dépôt des comptes annuels au greffe ?
Déposez les comptes le plus rapidement possible, même en retard : le greffe peut adresser une injonction de dépôt sous astreinte avant toute amende, ce qui laisse un délai supplémentaire pour régulariser. Un dépôt spontané, même tardif, limite fortement le risque d'amende effective par rapport à une absence totale de dépôt après injonction.
Existe-t-il un délai de tolérance pour la déclaration de revenus des indépendants ?
La date limite de la campagne de déclaration de revenus varie chaque année selon le mode de déclaration (papier ou en ligne) et le département de résidence. Il n'existe pas de tolérance officielle au-delà de cette date, mais un dépôt spontané peu après l'échéance reste généralement moins pénalisé qu'un dépôt après relance de l'administration.
11. Sources
- impots.gouv.fr — Direction générale des Finances publiques : calendrier fiscal, échéances de TVA, IS, CFE et campagne de déclaration de revenus.
- urssaf.fr — Échéances de déclaration et de paiement des cotisations sociales, DSN, régime micro-entrepreneur.
- autoentrepreneur.urssaf.fr — Espace dédié aux micro-entrepreneurs : déclaration de chiffre d'affaires et calendrier propre au régime.
- service-public.fr — Fiches pratiques sur les obligations des entreprises, délais de dépôt des comptes annuels et démarches en cas de retard.
- Bpifrance Création — Guides pratiques sur les obligations comptables, fiscales et sociales selon le statut juridique.
- L'Expert-comptable.com — Analyses et actualités sur la réforme de la facturation électronique et les échéances des sociétés à l'IS.
Les dates, seuils et taux mentionnés dans cette fiche sont ceux en vigueur ou annoncés pour 2026 à la date de rédaction ; ils sont susceptibles d'évoluer en loi de finances. Il est recommandé de vérifier chaque échéance sur les sites officiels avant toute démarche.