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Micro-entreprise ou SASU : quel statut choisir pour créer son activité en 2026 ?

Vous vous lancez et hésitez entre la simplicité de la micro-entreprise et la solidité juridique de la SASU ? Ce guide complet compare les deux statuts point par point, avec des exemples chiffrés réalistes, pour vous aider à trancher en fonction de votre projet, de votre chiffre d'affaires prévisionnel et de vos objectifs de protection sociale.

L'essentiel à retenir

La micro-entreprise est le statut de la simplicité : création en quelques minutes sur le Guichet unique, comptabilité réduite à un livre des recettes, cotisations sociales calculées uniquement sur ce qui est réellement encaissé. Elle convient parfaitement à une activité de test, un complément de revenu ou un chiffre d'affaires modeste, mais elle plafonne (77 700 € pour les prestations de services et professions libérales, 188 700 € pour la vente de marchandises en 2026) et n'offre aucune séparation entre votre patrimoine professionnel et vos revenus imposables au-delà de l'abattement forfaitaire.

La SASU, elle, est une société à part entière : elle protège votre patrimoine personnel, permet de déduire vos charges réelles, ouvre droit au régime général de la sécurité sociale pour le président assimilé salarié, et donne une image plus institutionnelle face aux clients, partenaires et banques. En contrepartie, elle implique des formalités de création plus lourdes, une comptabilité complète avec bilan annuel, et des charges sociales nettement plus élevées sur la rémunération versée.

En bref : moins de 40 000-50 000 € de chiffre d'affaires annuel et peu de charges à déduire, la micro-entreprise reste souvent optimale. Au-delà, avec des charges significatives, un besoin de lever des fonds, de vous associer, ou simplement l'envie de vous constituer une meilleure retraite et de mieux vous protéger, la SASU devient généralement plus pertinente. Cette fiche vous donne les clés, chiffrées, pour affiner votre propre décision — et n'oublie pas de vous rappeler qu'un expert-comptable ou un avocat reste le meilleur interlocuteur pour un choix définitif.

Tableau comparatif synthétique

Critère Micro-entreprise SASU
Nature juridiqueEntreprise individuelle (EI) avec régime micro-fiscal et micro-socialSociété commerciale unipersonnelle (personne morale distincte)
Nombre d'associés1 (entrepreneur individuel, pas d'associé)1 associé unique (personne physique ou morale)
Capital socialAucunLibre, à partir de 1 € symbolique
ResponsabilitéPatrimoine personnel protégé de plein droit depuis 2022 (sauf renonciation ou fraude)Limitée aux apports, patrimoine personnel protégé
Plafond de chiffre d'affaires77 700 € (services/BNC) ou 188 700 € (vente) en 2026Aucun plafond
Régime fiscalImpôt sur le revenu, abattement forfaitaire (34 %, 50 % ou 71 % selon activité)Impôt sur les sociétés par défaut (option IR possible 5 ans), 15 % jusqu'à 42 500 € puis 25 %
Déduction des charges réellesNon (abattement forfaitaire uniquement)Oui, au réel
Régime social du dirigeantTravailleur indépendant (SSI, via l'Urssaf)Assimilé salarié (régime général)
Cotisations socialesEnviron 12,3 % (vente) à 21,1-24,6 % (services/BNC) du CA encaisséEnviron 75-80 % du salaire net versé (charges patronales + salariales)
Protection sociale (retraite, chômage)Cotisation retraite plus faible, pas d'assurance chômageMeilleure validation de trimestres, pas d'allocation chômage sauf option assurance privée
ComptabilitéLivre des recettes (+ registre des achats si vente)Comptabilité d'engagement complète, bilan, liasse fiscale
TVAFranchise en base jusqu'aux seuils (37 500 € / 85 000 € selon activité), TVA obligatoire au-delàAssujettie à la TVA selon régime choisi dès la création ou seuils identiques
Coût de créationGratuitEnviron 250 à 350 € (annonce légale + immatriculation)
Image / crédibilitéPerçue comme plus artisanale/indépendantePerçue comme plus structurée et pérenne
Levée de fonds / associés futursImpossible (statut individuel)Possible (transformation en SAS multi-associés)

1. Micro-entreprise et SASU : définitions et différences fondamentales

1.1 La micro-entreprise, un régime simplifié de l'entreprise individuelle

La micro-entreprise (ex « auto-entreprise ») n'est pas une forme juridique à proprement parler : c'est un régime fiscal et social simplifié applicable à l'entreprise individuelle (EI). Concrètement, vous exercez en votre nom propre, sans création de société, sans capital social, et sans personnalité juridique distincte de la vôtre. Depuis la réforme du statut de l'entrepreneur individuel entrée en vigueur le 15 mai 2022, votre patrimoine personnel est automatiquement protégé (séparé de votre patrimoine professionnel), sauf renonciation expresse pour certains prêts bancaires ou en cas de fraude/manquement grave aux obligations fiscales et sociales.

Le régime micro-social permet de payer des cotisations sociales proportionnelles au chiffre d'affaires réellement encaissé (et non facturé), avec un taux forfaitaire selon la nature de l'activité. Le régime micro-fiscal applique un abattement forfaitaire pour frais professionnels (34 % pour les activités libérales relevant des BNC, 50 % pour les prestations de services BIC, 71 % pour la vente de marchandises), sans possibilité de déduire vos charges réelles même si elles sont supérieures à cet abattement.

1.2 La SASU, une société commerciale à associé unique

La Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle (SASU) est une véritable personne morale, distincte de son fondateur. Elle est immatriculée au Registre du Commerce et des Sociétés (RCS), dispose d'un capital social (librement fixé, y compris 1 €), et fonctionne selon des statuts rédigés sur mesure qui organisent les pouvoirs du président, les modalités de prise de décision et la répartition des bénéfices. La responsabilité de l'associé unique est en principe limitée au montant de ses apports : en cas de difficultés financières de la société, son patrimoine personnel n'est pas engagé (sauf faute de gestion caractérisée ou garantie personnelle donnée à un créancier).

Sur le plan fiscal, la SASU est soumise par défaut à l'impôt sur les sociétés (IS) : 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfice (sous conditions), puis 25 % au-delà. Une option pour l'impôt sur le revenu est possible pendant 5 exercices maximum, sous conditions strictes (société de moins de 5 ans, moins de 50 salariés, CA inférieur à 10 M€). Le président de SASU qui se verse une rémunération relève du régime général de la sécurité sociale en tant qu'« assimilé salarié », ce qui lui ouvre les mêmes droits qu'un salarié classique en matière de retraite, maladie et famille — mais sans droit au chômage, sauf souscription d'une assurance privée de type GSC ou APPI.

1.3 Les différences fondamentales à comprendre avant de choisir

Trois différences structurent réellement le choix entre les deux statuts :

  • La nature de l'imposition : la micro-entreprise impose la totalité du CA (moins abattement forfaitaire) directement entre les mains de l'entrepreneur ; la SASU impose les bénéfices réels de la société à l'IS, puis, séparément, la rémunération du dirigeant et les dividendes éventuels à l'IR.
  • Le niveau des charges sociales : la micro-entreprise applique un taux forfaitaire faible sur le CA encaissé (autour de 12 à 24,6 % selon l'activité), tandis que le régime assimilé salarié de la SASU représente environ 75 à 80 % du salaire net versé en cotisations, un niveau proche de celui d'un salarié classique du secteur privé.
  • La capacité à se développer : la micro-entreprise est plafonnée en chiffre d'affaires et ne permet ni de s'associer, ni de lever des fonds, ni de déduire l'amortissement d'un investissement lourd (matériel, local) ; la SASU n'a aucune de ces limites et peut évoluer en SAS multi-associés par simple cession ou émission de nouvelles actions.

2. Les avantages de chaque statut

2.1 Les atouts de la micro-entreprise

  • Création gratuite et quasi instantanée Gratuit — l'immatriculation via le Guichet unique de l'INPI ne coûte rien et prend en général moins de 15 minutes en ligne, avec un numéro de SIRET délivré sous quelques jours.
  • Comptabilité minimaliste — un simple livre des recettes (et un registre des achats si vous vendez des marchandises) suffit, sans obligation de faire appel à un expert-comptable ni de déposer de comptes annuels.
  • Cotisations sociales proportionnelles à l'encaissement réel — vous ne payez rien tant que vous n'avez pas facturé et encaissé de chiffre d'affaires ; il n'y a pas de cotisations minimales forfaitaires comme dans d'autres régimes.
  • Régime fiscal lisible — l'abattement forfaitaire simplifie la déclaration, notamment via le versement libératoire de l'impôt sur le revenu (sous conditions de revenu fiscal de référence), qui permet de payer impôt et cotisations en une seule fois, au même rythme que le CA.
  • Cumul facile avec un autre statut — salariat, retraite, étudiant : la micro-entreprise se prête particulièrement bien à une activité complémentaire ou à un test de marché avant de se lancer plus grand.
  • Aucune franchise de TVA à gérer dans la majorité des cas — tant que vous restez sous les seuils de franchise en base (37 500 € pour les services, 85 000 € pour la vente en 2026), vous ne facturez pas de TVA et n'avez pas de déclaration à produire.

2.2 Les atouts de la SASU

  • Protection sociale proche du salariat — affiliation au régime général, meilleure couverture maladie, indemnités journalières plus favorables, et surtout une bien meilleure validation de trimestres et de points de retraite que le régime des indépendants.
  • Responsabilité limitée aux apports — le patrimoine personnel de l'associé unique est juridiquement isolé de celui de la société, ce qui rassure en cas de risque d'activité (litiges clients, dettes fournisseurs, aléas économiques).
  • Déduction des charges réelles — loyers, matériel, logiciels, sous-traitance, frais de déplacement, salaires d'éventuels employés : tout est déductible du résultat imposable, contrairement à l'abattement forfaitaire de la micro-entreprise.
  • Optimisation possible rémunération/dividendes — le président peut arbitrer entre salaire (chargé mais ouvrant des droits sociaux) et dividendes (moins chargés socialement mais fiscalisés à la flat tax de 30 %), pour ajuster la pression fiscalo-sociale globale selon sa situation.
  • Aucun plafond de chiffre d'affaires — la SASU peut se développer sans limite, embaucher des salariés, investir, s'endetter, et changer d'échelle sans devoir changer de statut juridique.
  • Image et crédibilité renforcées — face à des clients grands comptes, des banques ou des investisseurs, une société avec capital social, RCS et comptes annuels rassure davantage qu'une entreprise individuelle.
  • Ouverture vers l'association et la levée de fonds — transformation simple en SAS multi-associés par cession ou émission d'actions, entrée d'investisseurs, mise en place de BSPCE ou d'actions de préférence.

3. Inconvénients et points de vigilance de chaque statut

3.1 Les limites de la micro-entreprise

  • Plafonds de chiffre d'affaires contraignants — dépasser 77 700 € (services) ou 188 700 € (vente) deux années de suite fait automatiquement basculer vers un régime réel d'imposition, avec des obligations comptables et fiscales beaucoup plus lourdes.
  • Pas de déduction des charges réelles — si vos frais professionnels (matériel, local, sous-traitance) dépassent l'abattement forfaitaire, vous payez de l'impôt et des cotisations sur un revenu supérieur à votre bénéfice réel.
  • Retraite et prévoyance plus faibles — les cotisations forfaitaires de la micro-entreprise génèrent moins de droits à la retraite qu'un régime assimilé salarié, à chiffre d'affaires équivalent.
  • Image parfois moins institutionnelle — certains grands comptes ou appels d'offres publics exigent des garanties (assurances, références, capital) plus difficiles à présenter en micro-entreprise.
  • Impossibilité de s'associer — pour accueillir un associé ou lever des fonds, il faudra de toute façon créer une société, ce qui implique une transformation ou une nouvelle immatriculation.
  • Cotisation foncière des entreprises (CFE) — due dès la deuxième année d'activité (sauf exonérations locales), elle est parfois oubliée par les nouveaux micro-entrepreneurs et représente une charge fixe indépendante du chiffre d'affaires.

3.2 Les limites de la SASU

  • Charges sociales élevées sur le salaire — le statut assimilé salarié coûte cher : environ 75 à 80 % du salaire net en cotisations patronales et salariales cumulées, ce qui pèse fortement sur la trésorerie en phase de démarrage.
  • Comptabilité et formalisme lourds — bilan, compte de résultat, annexe, liasse fiscale, procès-verbaux d'assemblée générale annuelle : l'accompagnement d'un expert-comptable est en pratique quasi indispensable, ce qui représente un coût récurrent (souvent 1 200 à 2 500 € par an).
  • Pas d'assurance chômage automatique — le président de SASU, même assimilé salarié, ne cotise pas à l'assurance chômage et ne peut prétendre aux allocations Pôle emploi/France Travail en cas de cessation d'activité, sauf souscription d'une assurance privée facultative et coûteuse.
  • Coûts de création et de fonctionnement non négligeables — annonce légale, greffe, éventuels frais de rédaction de statuts, expert-comptable : la SASU coûte structurellement plus cher à créer et faire vivre que la micro-entreprise.
  • Fiscalité à deux étages — le résultat est d'abord taxé à l'IS au niveau de la société, puis la rémunération et les dividendes sont taxés une seconde fois au niveau du dirigeant, ce qui peut alourdir la fiscalité globale si mal anticipé.
  • Formalités de fermeture plus complexes — dissoudre puis liquider une SASU implique des démarches juridiques (assemblée générale, publication, radiation) bien plus longues et coûteuses que la simple cessation d'activité d'une micro-entreprise.

4. Exemple chiffré : Léa (micro-entreprise) contre Karim (SASU)

Pour rendre la comparaison concrète, prenons deux personas fictifs qui exercent la même activité de conseil (prestations de services, relevant des BIC), avec le même chiffre d'affaires annuel encaissé : 60 000 €. L'un a choisi la micro-entreprise, l'autre la SASU. Les chiffres ci-dessous utilisent les taux 2026 en vigueur et sont volontairement simplifiés.

4.1 Léa, consultante en micro-entreprise

Léa facture 60 000 € de prestations de services (BIC) sur l'année, sans TVA (elle reste sous le seuil de franchise en base).

Chiffre d'affaires encaissé60 000 €
Cotisations sociales (taux 2026 prestations de services BIC : 21,1 %)- 12 660 €
Revenu disponible avant impôt47 340 €
Abattement forfaitaire pour frais professionnels (50 % du CA, pour le calcul de l'IR)Base imposable : 30 000 €
Impôt sur le revenu estimé (tranche marginale 30 %, foyer simplifié)- environ 9 000 €
Revenu net disponible annuel estimé≈ 38 340 € (avant IR) / ≈ 29 340 € (après IR estimé)

Léa n'a payé aucune charge sur du matériel ou un local qu'elle aurait pu déduire au réel : dans son cas, comme ses frais professionnels réels sont faibles (elle travaille depuis chez elle avec un ordinateur déjà amorti), l'abattement forfaitaire de 50 % lui est plutôt favorable.

4.2 Karim, consultant en SASU

Karim facture aussi 60 000 € de prestations, mais via sa SASU. Il a 4 000 € de charges réelles déductibles (logiciels, déplacements, assurance professionnelle) et décide de se verser l'essentiel du résultat disponible en salaire pour valider des trimestres de retraite.

Chiffre d'affaires HT60 000 €
Charges réelles déductibles- 4 000 €
Résultat avant rémunération56 000 €
Rémunération brute versée au président (hypothèse)28 000 €
Charges sociales patronales + salariales (≈ 78 % du net, soit ≈ 44 % du brut environ)- environ 12 300 €
Salaire net avant IR perçu par Karim≈ 15 700 €
Résultat imposable de la société après rémunération et charges sociales≈ 15 700 €
IS (15 % jusqu'à 42 500 €)- environ 2 355 €
Résultat net après IS disponible pour dividendes≈ 13 345 €
Dividendes versés (hypothèse : distribution totale du solde)13 345 €
Flat tax 30 % sur dividendes (12,8 % IR + 17,2 % prélèvements sociaux)- environ 4 004 €
Dividendes nets perçus≈ 9 341 €
Impôt sur le revenu sur le salaire net (tranche 30 %, foyer simplifié)- environ 4 700 €
Revenu net disponible annuel estimé (salaire net + dividendes nets, après IR)≈ 20 300 €

Dans cet exemple, à chiffre d'affaires strictement identique, Léa dispose d'un revenu net immédiat supérieur à celui de Karim — mais Karim valide des trimestres de retraite pleins au régime général, bénéficie d'une meilleure couverture maladie/prévoyance, et pourrait ajuster le curseur salaire/dividendes différemment (par exemple verser moins de salaire et plus de dividendes) pour optimiser son revenu net, au prix d'une moins bonne protection sociale.

Avertissement important : ces calculs sont des estimations simplifiées à but pédagogique, fondées sur des taux 2026 arrondis et des hypothèses de foyer fiscal non représentatives de toutes les situations (quotient familial, autres revenus, réductions d'impôt, ACRE, versement libératoire, etc. non pris en compte de façon exhaustive). Ils ne constituent en aucun cas un conseil fiscal, social ou juridique personnalisé. Avant toute décision, faites réaliser une simulation chiffrée par un expert-comptable ou un conseiller habilité, sur la base de votre situation réelle.

5. Quand et pourquoi basculer de la micro-entreprise vers la SASU

Le passage de la micro-entreprise à la SASU n'est pas automatique : il suppose de cesser l'activité en entreprise individuelle (ou de la conserver en parallèle pour une autre activité) et de créer une société distincte. Voici les signaux concrets qui doivent vous alerter :

5.1 Signal n°1 : vous approchez des plafonds de chiffre d'affaires

Si votre CA encaissé dépasse ou s'approche de 77 700 € (services) ou 188 700 € (vente) plusieurs années de suite, le régime micro-fiscal devient vite intenable : dépassement du seuil de tolérance, sortie du régime, bascule au régime réel simplifié avec une fiscalité plus lourde à gérer sans les outils d'une société. Anticiper la transformation avant d'atteindre le plafond évite une transition subie.

5.2 Signal n°2 : vos charges réelles dépassent l'abattement forfaitaire

Dès que vos frais professionnels réels (loyer d'un local, achat de matériel, sous-traitance, véhicule professionnel) excèdent de façon récurrente l'abattement forfaitaire (34 %, 50 % ou 71 % selon l'activité), vous payez des impôts et cotisations sur un revenu fictivement supérieur à votre bénéfice réel. La SASU, avec sa déduction des charges au réel, corrige ce problème.

5.3 Signal n°3 : vous voulez mieux préparer votre retraite et votre prévoyance

Le régime social des indépendants (SSI, adossé à l'Urssaf) valide moins de droits à cotisations équivalentes que le régime général applicable au président assimilé salarié de SASU. Si la retraite et la couverture prévoyance/maladie sont des priorités, notamment après 40-45 ans, la SASU devient souvent plus intéressante malgré son coût social plus élevé.

5.4 Signal n°4 : vous voulez vous associer ou lever des fonds

La micro-entreprise ne permet ni d'accueillir un associé, ni d'émettre des actions, ni de faire entrer un investisseur au capital. Si votre projet a vocation à grandir avec un ou plusieurs partenaires, ou à lever des fonds auprès de business angels ou d'un fonds d'investissement, la SASU (transformable en SAS) est la seule option pertinente.

5.5 Signal n°5 : vous devez rassurer des clients grands comptes ou répondre à des appels d'offres

Certains marchés publics ou grands comptes exigent des garanties financières, des assurances spécifiques ou une structure juridique perçue comme plus pérenne. Une société avec capital social et comptes annuels déposés au greffe inspire souvent davantage confiance qu'une entreprise individuelle.

5.6 Signal n°6 : vous voulez embaucher

Si vous envisagez de recruter un ou plusieurs salariés pour développer votre activité, la SASU offre un cadre juridique et social plus stable et plus lisible, avec une séparation claire entre l'employeur (la société) et le dirigeant.

6. Démarches pratiques étape par étape

6.1 Créer sa micro-entreprise

  1. Vérifier son éligibilité — nature de l'activité (artisanale, commerciale, libérale), absence d'incompatibilité (certaines professions réglementées sont exclues du régime micro).
  2. Déclarer son activité sur le Guichet unique de l'INPI (formalites.entreprises.gouv.fr) — formulaire en ligne gratuit, avec choix du code d'activité principale (APE/NAF), adresse d'exercice, et éventuellement option pour le versement libératoire de l'impôt sur le revenu.
  3. Recevoir son numéro SIRET — délivré par l'Insee sous quelques jours à quelques semaines selon l'activité, transmis automatiquement à l'Urssaf.
  4. Ouvrir un compte bancaire dédié à l'activité — obligatoire dès que le CA dépasse 10 000 € deux années de suite (un compte séparé suffit, pas besoin de compte professionnel à ce stade, sauf préférence personnelle).
  5. Souscrire les assurances nécessaires — responsabilité civile professionnelle (RC Pro) obligatoire pour certaines activités réglementées (bâtiment, professions de santé, conseil juridique...), fortement recommandée pour toutes les autres.
  6. Déclarer son chiffre d'affaires — chaque mois ou trimestre sur le site de l'Urssaf (autoentrepreneur.urssaf.fr), avec paiement simultané des cotisations sociales dues.

6.2 Créer sa SASU

  1. Rédiger les statuts de la société — document juridique fondateur définissant l'objet social, le capital, les pouvoirs du président, les modalités de prise de décision ; peut être fait seul, via un modèle en ligne, ou avec l'aide d'un avocat/expert-comptable pour sécuriser les clauses (pactes, clauses d'agrément si évolution future).
  2. Constituer et déposer le capital social — dépôt des fonds sur un compte bloqué auprès d'une banque, d'un notaire ou d'une plateforme agréée, puis obtention d'une attestation de dépôt des fonds nécessaire à l'immatriculation.
  3. Publier un avis de constitution dans un support d'annonces légales (SHAL) — obligatoire, coût moyen 130 à 220 € selon le département et la longueur de l'annonce.
  4. Déposer le dossier de création sur le Guichet unique de l'INPI — statuts signés, attestation de dépôt des fonds, justificatif de siège social, attestation de parution de l'annonce légale, formulaire de déclaration, pièce d'identité et déclaration de non-condamnation du président.
  5. Recevoir l'extrait Kbis — délivré par le greffe du tribunal de commerce après immatriculation au RCS, généralement sous 1 à 2 semaines ; c'est la carte d'identité officielle de la société.
  6. Débloquer le capital social — sur présentation du Kbis à la banque, les fonds déposés deviennent utilisables pour l'activité.
  7. Ouvrir un compte bancaire professionnel au nom de la société — obligatoire, distinct du compte de dépôt du capital si celui-ci a été ouvert dans un établissement différent.
  8. Souscrire les assurances de la société — RC Pro, protection juridique, éventuellement multirisque professionnelle selon l'activité et les locaux.
  9. Affilier le président au régime général — démarche généralement automatisée via le Guichet unique, avec ouverture d'un dossier auprès de l'Urssaf et de la caisse de retraite complémentaire (Agirc-Arrco).
  10. Mettre en place la comptabilité — choix et mandat d'un expert-comptable (fortement recommandé, quasi indispensable en pratique), mise en place d'un logiciel de facturation et de suivi comptable.

7. Coûts comparés : création, fonctionnement, fermeture

7.1 Coûts de création

PosteMicro-entrepriseSASU
Immatriculation Guichet unique0 €Frais de greffe inclus dans le dossier, environ 0 à 40 € selon activité
Rédaction des statutsSans objet0 € (seul) à 1 500 € (avocat), souvent 150-300 € via un service en ligne
Annonce légaleSans objet130 à 220 €
Dépôt du capitalSans objetGénéralement gratuit (frais bancaires ou notariés parfois facturés)
Total estimé création0 €≈ 250 à 350 € (hors accompagnement juridique optionnel)

7.2 Coûts de fonctionnement annuel

PosteMicro-entrepriseSASU
Comptabilité0 € (auto-gérée) à quelques dizaines d'euros pour un logiciel de facturation1 200 à 2 500 € /an (expert-comptable, quasi indispensable)
Cotisation foncière des entreprises (CFE)Environ 150 à 1 000 € /an selon commune (à partir de la 2e année)Environ 150 à 1 000 € /an selon commune
Assurance RC Pro200 à 600 € /an selon activité200 à 800 € /an selon activité
Formalités de dépôt des comptes annuelsSans objetEnviron 50 à 100 € (frais de greffe)
Cotisations sociales≈ 12,3 % à 24,6 % du CA encaissé selon activité≈ 75 à 80 % du salaire net versé

7.3 Coûts de fermeture

PosteMicro-entrepriseSASU
DémarcheDéclaration de cessation d'activité en ligne sur le Guichet uniqueDissolution (AG extraordinaire) puis liquidation (nomination d'un liquidateur, clôture des comptes)
Coût0 €Environ 200 à 400 € (annonce légale de dissolution + annonce de liquidation + frais de greffe), davantage si accompagnement juridique
DélaiImmédiat à quelques joursPlusieurs semaines à quelques mois selon la complexité

Au global, sur les trois premières années d'activité, la micro-entreprise reste structurellement moins coûteuse à créer, faire vivre et fermer. La SASU représente un investissement administratif et financier plus lourd, mais qui se justifie économiquement dès que le chiffre d'affaires et les charges déductibles deviennent significatifs.

8. Foire aux questions

Peut-on cumuler micro-entreprise et SASU en même temps ?

Oui, il est juridiquement possible de gérer une micro-entreprise pour une activité et d'être par ailleurs président d'une SASU pour une autre activité distincte, dès lors qu'il n'y a pas de confusion ni de concurrence déloyale entre les deux structures. En revanche, on ne peut pas exercer la même activité sous les deux statuts simultanément.

Le président de SASU peut-il ne pas se verser de rémunération ?

Oui, c'est même une pratique fréquente en phase de démarrage pour limiter les charges sociales : le président de SASU n'est pas obligé de se verser un salaire. Dans ce cas, il n'est affilié à aucun régime de protection sociale au titre de son mandat (sauf couverture par ailleurs, via un conjoint, une autre activité salariée, ou la CMU/PUMA de droit commun), ce qui peut être un vrai point de vigilance sur la couverture maladie et la retraite.

Quel est le vrai coût social de la SASU par rapport à un salarié classique ?

Le taux de charges sociales sur le salaire d'un président assimilé salarié de SASU (environ 75 à 80 % du net, soit environ 42 à 45 % du brut) est comparable à celui d'un cadre salarié du secteur privé, aux mêmes cotisations patronales et salariales près (à la différence près de l'assurance chômage, non due).

Peut-on transformer facilement sa micro-entreprise en SASU ?

Il ne s'agit pas techniquement d'une « transformation » mais de la création d'une nouvelle personne morale (la SASU), suivie de la cessation de la micro-entreprise (ou de son maintien en parallèle pour une autre activité) et, le cas échéant, de l'apport ou de la cession du fonds de commerce/clientèle existant à la nouvelle société. Cette opération peut avoir des conséquences fiscales (plus-value professionnelle) qu'il convient d'anticiper avec un expert-comptable.

Faut-il obligatoirement un expert-comptable pour une SASU ?

Ce n'est pas une obligation légale stricte, mais en pratique, la comptabilité d'engagement, l'établissement du bilan, du compte de résultat et de la liasse fiscale sont suffisamment techniques pour que l'immense majorité des dirigeants de SASU fassent appel à un expert-comptable, ce qui sécurise également les déclarations sociales et fiscales.

La micro-entreprise permet-elle de facturer la TVA ?

Par défaut non, tant que vous restez sous les seuils de la franchise en base de TVA (37 500 € pour les prestations de services et professions libérales, 85 000 € pour la vente de marchandises en 2026). Au-delà, la TVA devient obligatoire, ce qui n'empêche pas de rester en micro-entreprise sur le plan fiscal et social, mais complexifie la facturation et la déclaration.

Que se passe-t-il si je dépasse le plafond de la micro-entreprise ?

Un dépassement ponctuel dans les limites de la tolérance (plafonds majorés) ne fait pas sortir immédiatement du régime. En revanche, un dépassement confirmé deux années civiles consécutives fait basculer automatiquement vers un régime réel d'imposition (régime réel simplifié ou réel normal) dès l'année suivante, avec des obligations comptables et déclaratives nettement plus lourdes, sans nécessairement changer de forme juridique.

La SASU protège-t-elle vraiment en cas de dettes professionnelles ?

En principe oui : la responsabilité de l'associé unique est limitée au montant de ses apports. Mais cette protection tombe en cas de faute de gestion caractérisée, de confusion entre patrimoine personnel et professionnel, ou si le dirigeant a personnellement garanti un emprunt professionnel (caution personnelle fréquemment demandée par les banques pour les jeunes sociétés).

9. Sources

Contenu à jour au 1er semestre 2026, sous réserve d'évolutions législatives et réglementaires ultérieures (loi de finances, décrets Urssaf). Cette fiche a une vocation strictement informative et ne remplace pas une consultation personnalisée auprès d'un expert-comptable, d'un avocat ou d'un conseiller habilité.